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mardi 17 oct 2017
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Il y a 70 ans jour pour jour, Saint-Dié brûlait encore…

Crédits photographiques : Jean Blaire.

La fontaine monumentale Place Stanislas – 1947.

Saint-Dié-des-Vosges fut relativement épargnée par les combats et par les bombardements qui touchèrent de nombreuses communes française durant la terrible Seconde Guerre mondiale. Cependant, à la fin du conflit, la ville est en ruines… Fuyant l’avancée Alliée, les troupes du IIIe Reich incendièrent la ville avant de battre définitivement en retraite, à la mi-novembre 1944. A peine un mois auparavant, le soir du 8 octobre, le capitaine de la Gestapo locale menaça Pierre Evrat – le maire de la ville à ce moment là – d’incendier Saint-Dié-des-Vosges et d’exécuter des habitants suite à un appel de l’occupant n’ayant pas eu l’écho espéré. En effet, il était demandé aux hommes âgés de 16 à 65 ans de se présenter à la caserne Chérin pour être employés à des travaux de fortifications, mais ce dimanche matin là, les Allemands n’ont trouvé qu’environ 400 personnes, un chiffre qu’ils jugèrent bien insuffisant. Grâce à l’argumentaire du maire, qui rappela que la ville fournissait pas moins de 1200 hommes à l’organisation Todt – le Génie Allemand – la ville fut sauvée. Malheureusement ce n’était là qu’un sursis…

Rue d’Hellieule.

Le 7 novembre au soir, la Gestapo informe le maire qu’une nouvelle réquisition des hommes âgés de 16 à 65 ans a été décidée et qu’elle sera effective le lendemain, le mercredi 8 novembre 1944. Les ordres sont modifiés au dernier moment et elle ne concerne plus que les hommes de 16 à 45 ans, qui sont déportés massivement vers Mannheim. Le lendemain, à sept heures du matin, la nouvelle est diffusée par haut-parleur : l’évacuation de Saint-Dié est décidée par l’occupant. Les habitants avaient ainsi jusqu’au 9 novembre à 9 heures pour se rendre dans une zone indiquée par les policiers allemands, et devaient apporter pour cinq jours de vivres, du linge et des vêtements. Les habitants des communes environnantes sont ensuite évacuées vers Saint-Dié : Sainte-Marguerite, Remomeix, Nayemont, Moyenmoutier… occasionnant une superpopulation des plus dangereuses au niveau sanitaire. A titre d’exemple, à l’hôpital de Foucharupt, certaines salles abritent alors jusqu’à 75 personnes !

Nef de la cathédrale, côté sud – 1947.

Le mardi 14 novembre, vers dix heures du matin, l’officier de la Wehrmacht – l’armée allemande d’alors – le capitaine Schneider ordonna aux habitants de regagner immédiatement la rive gauche de la ville, informant par la même occasion Pierre Evrat que Saint-Dié est condamnée. Peu avant midi, les flammes commencent à se répandre : une partie de la rue Thiers, de la place Jules Ferry à l’Hôtel de Ville, est en feu. A compter de ce moment, c’est durant cinq jours que la ville brûla. Dans la nuit du 16 au 17, le départ des Allemands est des plus imminent, puisqu’ils font sauter les ponts, une manoeuvre permettant de retarder leurs poursuivants Alliés, conscients que ces derniers sont désormais aux portes de la ville. En effet, le 17 novembre à 16h45, deux Déodatiens prennent contact avec une patrouille de 35 Américains dans la forêt au-dessus des Tiges. Le 19, une « Jeep » américaine s’avance jusqu’à la place Saint-Martin, cependant les combats ne sont pas terminés, bien que leur intensité soit relativement faible, et il est demandé aux habitants de ne pas sortir dehors entre 18 et 6 heures. La Libération de Saint-Dié est maintenant toute proche… elle est officielle le mercredi 22 novembre 1944, avec l’affichage d’un premier communiqué Allié à la mairie, par les soins du Comité de Libération. Le lendemain, les Américains entrent dans la cité ravagée par la rue de la Bolle, accompagnés du Colonel Didry, premier officier français sur place après le départ de l’occupant. Une Libération amère, sans aucune parade, fleur ou musique, et pour cause : la ville est un vaste champ de ruines. De plus, les bâtiments qui n’auraient pas succombés aux flammes ont été dynamités par la Wehrmacht… la magnifique cathédrale n’y échappa pas.

Place Jules-Ferry.

Un acte gratuit, sans aucun pretexte si ce n’est d’appliquer la politique dite de la « terre brûlée » – d’autant plus injustifiable au vu du contexte militaire en cette fin d’année 1944 – où 1500 maisons, sept écoles, deux collèges, le musée, l’ophelinat, l’hospice, l’hôpital et la cathédrale ont été purement et simplement détruits. Une plaie qui mit très longtemps à se cicatriser chez les Déodatiens, sachant que la reconstruction – du fait de la situation économique dans laquelle se trouvait le pays ajouté à la pénurie de matières premières – fut très longue. En conséquence, les personnes qui ne se seraient pas résignés à quitter la ville au sortir de la Seconde Guerre mondiale vécurent pour la majorité d’entre eux dans des barraquements rudimentaires, sans eau ni électricité. L’un des plus importants était celui dit de la Vaxenaire, ouvert en 1944 et qui n’a commencé à se vider qu’à partir de 1956 ! En effet, ce n’est qu’une dizaine d’années après cet événement tragique que les Déodatiens ont pu commencer à revenir habiter dans leur cité et enfin se tourner vers l’avenir…

J.J.

Le lotissement de « La Vaxenaire » – 1947. Le pont du Brueil. L’hôpital Saint-Charles. Une allée du parc – 1947.



Une réaction sur “Il y a 70 ans jour pour jour, Saint-Dié brûlait encore…

  1. GRANDJEAN

    j’ai pas connu cette période,je suis né en 1956, mais je sais par mes parents que st diè, surtout la rive droite avait subis de très gros dégats, comme saulcy sur meurthe et bien d’autres communes.

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