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mardi 20 août 2019
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Compte-rendu du dernier café citoyen, intitulé « La santé et le nucléaire »

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Dans le cadre des cafés citoyens déodatiens, Michel Guéritte, lanceur d’alerte sur les dangers des déchets nucléaires, était l’invité de l’association Vosges Alternative au Nucléaire, pour la séance du lundi 13 mai qui s’est déroulée à la Maison Mosaïque. Voici un résumé de ce rendez-vous par le collectif organisateur :

Le conférencier a commencé à brosser le portrait de la zone à cheval sur la Meuse et l’Aube, une région envahie par des installations nucléaires civiles ou militaires. Les deux points névralgiques sont :

  • le Centre de stockage de déchets nucléaires à radioactivité de longue durée à Soulaines-Dhuys (Aube), prévu pour entreposer, dans des fûts prétendus « hermétiques », un million de m3 de produits très dangereux;
  • le futur Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) à Bure (Meuse) : les puits et galeries étant déjà creusés, les travaux de stockage vont commencer vers 2025.

Le conférencier a préféré ensuite répondre surtout aux questions du public.

Question : quel est l’état de la radioactivité de l’air dans notre pays ?

Il existe en effet une radioactivité aérienne permanente qui provient de multiples origines : il y a eu les expériences et tests à visée militaire (à Reggane et Aïn Enker, dans le Sahara algérien, au cours des années 1960, ainsi qu’au Centre de recherche du Commissariat à l’Energie atomique à Valduc, dans la Côte-d’Or) ; il y a aussi, dans les installations à but civil, au cours des décennies suivantes, les fuites dues aux travaux du Commissariat à l’Energie atomique à Saclay, sans oublier les fuites dues à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine et surtout le fameux « nuage » de Tchernobyl… qui n’a pas respecté les frontières ! Le problème est qu’il existe une rémanence de la radioactivité, plus ou moins importante selon les régions, dans certaines sources de produits alimentaires, en particulier dans les champignons, le thym, les petits fruits rouges et la viande de sanglier, consommateur de champignons.

Question : quelles sont les conséquences du stockage de déchets nucléaires dans l’Aube ?

Des études ont été réalisées par divers organismes, dont l’Institut national de Veille sanitaire (InVS), qui révèlent que des cas de maladies sont beaucoup plus nombreux que dans l’ensemble de la France, dans un rayon de quinze kilomètres autour de Soulaines-Dhuys : trois fois plus de leucémies aiguës lymphoblastiques et myéloblastiques et cinq fois plus de cancers de la thyroïde (de plus, la prescription du médicament Levothyrox a augmenté de façon exponentielle dans cette région, depuis les années 1990).

Question : que penser des limites à ne pas dépasser en matière de radioactivité ?

Toute radioactivité, même à faible dose, présente des risques pour la santé humaine. Aucun ingénieur ne connaît exactement à partir de quelle dose elle menace la vie. Les industriels et les politiques se mettent d’accord sur un seuil critique de façon purement empirique, en tout cas nullement scientifique. Car, il existe des effets croisés de plusieurs sources radioactives. Par exemple, pour l’eau potable, qui est contaminée dans les captages d’alimentation de Soulaines-Dhuys et des villages voisins, on a convenu – arbitrairement – de ne pas dépasser le seuil d’alerte de 0,1 becquerel * par litre.

Question : quels sont les dangers du centre de stockage prévu à Bure ?

Déjà maintenant, les ingénieurs de génie civil ont constaté, à leurs dépens, que foncer des galeries dans les argiles du sous-sol n’étaient pas sans danger (déjà un ouvrier tué dans un éboulement).

Plus tard, lors de l’entreposage, il y aura le risque permanent de chute des colis de déchets, volumineux, très lourds et enrobés de bitume inflammable. De plus, par un effet de radiolyse, un dégagement d’hydrogène pourra se produire et aboutir à une gigantesque explosion.

Question : alors, que faire pour se débarrasser des déchets nucléaires ?

Des scientifiques mènent des recherches depuis plusieurs décennies. Ils aboutissent à des solutions hypothétiques, certainement prometteuses sur un plan théorique, mais probablement pas applicables sur un plan pratique avant plusieurs autres décennies. Voici quelques pistes :

  • la transmutation du noyau atomique des éléments hautement radioactifs, grâce à l’irradiation par laser à très haute intensité qui donnerait naissance à des noyaux d’éléments peu dangereux. C’est le projet de Gérard Mourou, de l’Ecole polytechnique, titulaire du prix Nobel de physique en 2018;
  • l’amplification d’énergie nucléaire dans un synchrotron ou accélérateur de particules. C’est l’idée de Carlo Rubbia, ancien directeur général du Centre européen d’Energie nucléaire de Genève, prix Nobel de physique en 1984. Cette proposition a suscité beaucoup de doutes et d’objections;
  • la fusion nucléaire produisant du plasma avec des atomes d’hélium, grâce au chauffage à très hautes températures par effet électromagnétique (cent cinquante millions de degrés). C’est ce qui est tenté,à petite échelle, par le Réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) à Cadarache;
  • enfin, plus futuriste, la transmutation biologique grâce à l’action de bactéries spéciales.

Dans tous les cas, il faudrait une quantité phénoménale d’énergie, issue de réacteurs nucléaires, producteurs à leur tour de nouveaux déchets nucléaires : c’est le serpent qui se mord la queue !

Question : comment se fait-il que les élus des collectivités territoriales de cette région acceptent des projets aussi dangereux pour les populations environnantes ?

C’est grâce à une technique d’ « achat des consciences » au moyen de subventions énormes pour financer des travaux dans les communes. Les maires et conseillers municipaux se laissent séduire par la possibilité de rénover les églises, de construire des salles polyvalentes, des salles de sport ou d’autres aménagements collectifs qui satisfont une grande partie de leurs administrés et leur garantit… de fortes chances d’être réélus lors de prochaines échéances électorales.

* NB. Le becquerel (bq) est une unité de mesure qui prend pour base le nombre de désintégrations d’une certaine quantité de radionucléides en une seconde.

Plus d’informations sur le site http://www.villesurterre.com




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